Logiciels libres et enseignement

Favoriser l’usage de logiciels libres et de formats ouverts

Ardour

vendredi 4 mars 2005, par Yves Potin

- Auteur : Paul Davis et la communauté de développement

  • Licence : GPL
  • Langue : Anglais
  • Environnement requis : Jack, GTK
  • Site web : http://ardour.org/
  • Version testée : 0.9 beta 26 (Debian)

Ces didacticiels sont disponibles en un seul document, la Musique Assistée par Ordinateur, au format PDF ou OOo Writer :

MAO.pdf
Les trois didacticiels en un seul document
MAO.sxw
Version modifiable pour OOo









Présentation générale

Ardour est un magnétophone numérique 24 pistes stéréo professionnel capable de transformer un ordinateur relativement puissant en station de travail audio numérique. Il interagit avec Jack et tous les logiciels que nous avons présenté jusqu’ici, et sait d’enregistrer les sources audio qui lui sont passées en entrée, importer des fichiers sons en divers formats et les exporter. Sa table de mixage rivalise avec des consoles audio de haut niveau, il s’interface avec de nombreux plugins et effets numériques. Ce logiciel est similaire à Protools, Nuendo, Cubase SX ou Sequoia à la différence de sa licence.

Il ne peut pour le moment intégrer des pistes MIDI (prévu pour une version ultérieure) même s’il sait piloter des applications comme nous le verrons, mais il peut prendre en entrée la sortie audio d’un synthé, réel ou virtuel.

Application très complexe, Ardour demandera un temps substantiel d’apprentissage pour les néophytes, mais les habitués de logiciels propriétaires de ce type seront rapidement à l’aise avec lui. En dépit d’une interface et d’une apparence déroutante, il s’agit véritablement d’un logiciel professionnel très abouti, qui a demandé à son auteur quatre ans de travail à temps plein.

Un problème majeur d’Ardour réside en son absence de documentation consistante et exhaustive, l’auteur demandant aux utilisateurs de réaliser le tutoriel de Mackie HDR avec Ardour (http://mackie.com). On consultera attentivement la FAQ qui est jointe à la sommaire documentation du logiciel.

Pré-requis

Les pré requis sont ceux des articles précédents : un kernel linux faible latence avec le module realtime opérationnel, une installation complète et fonctionnelle de Jack avec les logiciels MuSE, Hydrogen, Fluidsynth et les plugins LADSPA s’interfaçant avec lui.

Ardour doit démarrer normalement, sans privilège particulier, et apparaître dans Jack comme toute autre application pour commencer à être utilisable.

Nous recommandons vivement, plus que dans les didacticiels précédents, une machine puissante dotée de l’interface graphique la plus légère possible et dénuée de fioritures (par exemple Windowmaker avec uniquement une applet de visualisation de l’occupation des ressources mémoire et CPU). Ne lancez aucune application inutile et fermez si possible celles qui ne sont pas indispensables, comme la connexion réseau et tout ce qui s’y rapporte.

Ce didacticiel s’organise en deux étapes :

1 - Enregistrer un fichier son joué par un logiciel classique de type XMMS pour découvrir les concepts de base d’Ardour.

2 - Un exercice : faire communiquer les séquenceurs et synthétiseurs des didacticiels précédents avec Ardour pour obtenir un fichier audio écoutable sans installation particulière autre qu’un lecteur multimédia sur une plate forme quelconque.

Premier contact : enregistrer un fichier son

Démarrer Jack avec qjackctl, lancer un lecteur multimédia de type XMMS (avec support Jack, il faudra probablement configurer sa sortie qui ne sera pas Jack par défaut) ou Alsaplayer. Ouvrir un fichier Ogg Vorbis ou mp3 et vérifier, en le branchant convenablement dans Jack, que le son sort sur les enceintes.

Lancer Ardour, la fenêtre d’édition appairait. Créer une nouvelle session par le menu Session / New en rentrant le nom de la session et son emplacement sur le disque au besoin, cela correspondra à un nouveau répertoire qui contiendra en particulier un fichier .ardour lorsqu’il s’agira de ré ouvrir notre travail. Une nouvelle fenêtre appairait immédiatement à coté de la fenêtre principale, c’est la fenêtre de mixage. Les connexions dans Jack se présentent de cette manière :

L’« auditionneur » d’Ardour permet l’écoute de régions de la session de travail, il est branché sur l’entrée d’ALSA ; n’y touchons pas mais mettons en place le dispositif d’enregistrement dans le magnétophone. Dans la fenêtre d’édition, un clic droit dans la colonne verte de gauche ouvre une boite de dialogue pour créer des pistes ou des bus. Nous allons faire des choses simples, créer une seule piste stéréo et ne pas toucher aux bus  :

Au début de la session de travail, Ardour se présente donc ainsi (cliquer pour agrandir) :

  • La fenêtre d’édition, avec la piste audio que nous venons de créer
  • La fenêtre de mixage, à droite, où appairait aussi la piste Audio 1 et son curseur vertical
  • Les trois petites fenêtres de contrôle que nous avons détachées de la fenêtre de mixage en cliquant sur le petit triangle de manière à les répartir plus confortablement sur l’espace de travail. Les deux plus utiles pour le moment sont : La fenêtre de transport avec les boutons de lecture, boucle, enregistrement, les informations temporelles et d’autres boutons dont les punchs in et out. La petite fenêtre de contrôle de la souris qui permet de définir les actions de celle ci lorsque l’on clique sur une piste dans la fenêtre d’édition (object, range, zoom, etc).
  • NOTE : il n’existe plus de fenêtre d’enregistrement accessible dans le menu Windows contrairement à ce que montrent les didacticiels anglophones. Cette fenêtre a été retirée dans les dernières versions.

Établissons maintenant les connexions nécessaires à l’enregistrement.

Dans la fenêtre de mixage d’Ardour, maintenir le bouton INPUT enfoncé pour faire j’apparaisse un menu popup, prendre l’option Edit. Dans la fenêtre qui s’ouvre, ajouter une entrée, enlever les liens éventuels à ALSA et dans l’onglet bio_jack (correspondant à XMMS), cliquer sur chacune des entrées qui s’affectent aux entrées de la piste audio.

Répéter une opération similaire pour la sortie de la piste audio en maintenant le bouton OUTPUT, en bas, enfoncé, puis Edit de manière à faire apparaître une fenêtre de dialogue, similaire à la précédente, pour affecter la sortie de la piste à ALSA. La capture d’écran ci dessous montre nos deux fenêtres :

Dans Jack, de manière à n’entendre que le signal provenant d’Ardour, c’est à dire notre enregistrement et non plus la sortie normale de XMMS, débrancher ce dernier d’ALSA, s’assurer que les entrées d’ALSA ne sont connectées à rien (attention, ces connexions ont une fâcheuse tendance à se refaire subrepticement selon les manipulations) et que les sorties d’Ardour (la piste Audio 1 et l’auditionner) sont branchées sur ALSA de cette manière :

Démarrer la lecture dans XMMS doit permettre d’entendre le son routé dans Ardour. Si tel n’est pas le cas : Dans la barre de transport (que nous avons détaché de l’éditeur), cliquer sur le bouton « audio input » Dans l’éditeur, menu Windows / Options Editor, valider « use software monitoring ».

Ce problème d’absence de son par la sortie d’une piste audio est très fréquent. Ceci permet schématiquement d’entendre un enregistrement avant de le réaliser comme avec un magnétophone analogique. Si tout fonctionne normalement, on remarque dans la fenêtre de mixage du magnétophone que le volume de sortie dans XMMS influe sur le volume d’entrée de la piste audio d’Ardour, que l’on visualise pourvu que le bouton « input » de visualisation du signal soit cliqué. Si par contre on clique sur ce bouton pour afficher « post », on remarquera que le fader modifie le volume de sortie de manière visible et audible. Nous n’avons encore rajouté aucun effet :).

Nous pouvons maintenant enregistrer, en validant l’enregistrement dans la fenêtre de mixage ou avec le petit bouton r de la piste Audio dans l’éditeur. On appuie ensuite sur le bouton rouge d’enregistrement de la barre de transport, qui se met à clignoter, on peut lancer la lecture dans XMMS, puis l’enregistrement proprement dit avec la touche de lecture de la barre de transport d’Ardour. L’enregistrement démarre, on voit l’enregistrement se dérouler dans la piste Audio 1 qui affiche une visualisation de l’onde enregistrée.

Pour écouter l’enregistrement, cliquer sur le bouton « Listen » dans la boîte de contrôle de la souris. Le pointeur se transforme en haut parleur lorsque l’on passe sur une région dans l’éditeur, il suffit de cliquer dessus pour écouter cette région (c’est à cela que servent les sorties auditionner d’Ardour branchées sur les entrées d’ALSA). Le voyant « auditionning » de la barre de transport se met à clignoter en rouge, on interrompt l’écoute en cliquant dessus.

Nous allons faire tourner notre enregistrement en boucle : affecter la fonction « range » à la souris, cliquer sur la partie de la piste que l’on vient d’enregistrer. Faire un clic droit sur cette région qui vient de changer de couleur, choisir « Select / Select Loop range » dans le menu contextuel. Appuyer sur le bouton de lecture dans la barre de transport, puis sur le symbole de la boucle. L’éditeur ressemble maintenant à ceci et joue en boucle ce que nous venons d’enregistrer :

Nous allons pouvoir rajouter un effet : dans la fenêtre de mixage, au dessus et en dessous du fader se trouvent deux carrés noirs qui sont là pour accueillir des fonctions de pré et post fading. Avec un clic droit dans le carré supérieur, choisir « new plugin » : on retrouve la fenêtre des plugins LADSPA dans l’interface d’Ardour mais attention, il est très exigeant quand aux entrées et sorties des effets dont le nombre doit être cohérent avec celui des pistes, il ne tolère aucune aberration. Le DJ Equaliseur convient en principe à la configuration que nous avons mise en place. Il doit apparaître juste en dessous du bouton « Record », et son interface est accessible par clic droit, fonction « Edit » tout en bas du menu contextuel. Un bouton « bypass » sera bien commode. Il est ainsi possible de jouer avec des effets qu’on applique à notre enregistrement qui tourne en boucle. Voici l’aspect final de la fenêtre de mixage avec un plugin d’équalisation et XMMS :

Lorsque le résultat est satisfaisant, il suffit de l’exporter par « Session / Export / Export session to audiofile », en validant les sorties audio que l’on désire exporter et en choisissant un format de fichier selon l’usage auquel nous destinons notre travail (par défaut .WAV). Bien entendu, aucun format compressé de type Ogg ou mp3 n’est disponible, ni en sortie ni en entrée, puisque Ardour produit un résultat de haute qualité audio, mais les logiciels de conversion ne manquent pas, en particulier xsox. Il suffit de rebrancher les sorties audio de XMMS dans Jack pour écouter le résultat de notre travail :).

MuSE et Hydrogen dans Ardour

Après cette découverte des manipulations de base d’Ardour, la suite est relativement simple et constitue un excellent exercice : il s’agit d’ouvrir le travail que nous avons réalisé précédemment avec MuSE et Hydrogen pour l’enregistrer dans Ardour. C’est là que les ressources d’une machine relativement puissante peuvent se retrouver vite à genoux et qu’une configuration musclée sera appréciée, en particulier avec l’usage de soundfonts de qualité gourmands en RAM.  Normalement, le routage dans Jack ne pose pas de problème majeur, les instruments apparaissant et se connectant seuls, on se souviendra simplement de débrancher la sortie des instruments directement dans Alsa pour passer par les pistes du magnétophone, en retenant bien les options mentionnées ci dessus (use software monitoring dans les options d’Ardour et le bouton audio input) si l’on obtient pas de son avant l’enregistrement. Il faudra créer autant de pistes que nécessaire et affecter bien rigoureusement leurs entrées et leurs sorties de manière à obtenir le résultat désiré, en cherchant dans un premier temps à faire les choses les plus simples possible.

Il subsiste cependant une fonctionnalité indispensable que nous n’avons pas étudiée : la synchro MIDI des instruments et du magnétophone, qui permet de démarrer les séquenceurs en même temps que l’enregistrement et de contrôler le transport des têtes de lecture depuis un seul endroit. Ceci fonctionne apparemment sans problème notable avec la version 0.7 de MuSE, voici comment procéder.

Dans MuSE, Settings / Synchro midi, définir MuSE comme esclave et valider les trois options de source de synchro comme indiqué sur cette capture d’écran :

Dans Ardour, Windows / Options Editor :

Onglet Sync, synchroniser Ardour sur Jack (on pourra par la suite rechercher une synchronisation avec l’horloge de Jack, ce qui n’est pas nécessaire dans un premier temps).

Onglet MIDI, les trois menus déroulant se mettent en principe tous seuls sur seq, qui va apparaître dans les ports MIDI de MuSE sans qu’il soit nécessaire ici de s’en préoccuper (aucune piste spéciale de synchro MIDI n’est par exemple requise dans MuSE pour ce que nous souhaitons faire). On validera les options « Send MIDI parameter feedback » et « Send MMC ». Les deux options de trace peuvent être intéressantes pour debugguer dans un premier temps puisque les éventuels messages d’erreur de communication vont apparaître dans une fenêtre.

On peut vérifier le résultat dans l’onglet MIDI des connexions de Jack, rien n’est normalement à rectifier.

Les fonctions de transport de MuSE sont devenues inactives et l’on peut piloter tout le transport depuis Ardour. On aura également le plaisir de remarquer que les évènements MIDI sont envoyés par MuSE à Hydrogen et que tout est parfaitement calé. La mystérieuse touche « Play » de qjackctl en finit même par trouver une utilité :).

Plus qu’un long discours décrivant des manipulations pas si fastidieuses que cela, le résultat auquel on cherche à parvenir est en somme très simple et semble bien résumé par cette dernière capture d’écran de la fenêtre de mixage d’Ardour extraite du site du logiciel :

Recherche avancée