Logiciels libres et enseignement

Favoriser l’usage de logiciels libres et de formats ouverts

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Pour les formats ouverts

jeudi 10 janvier 2008, par Yves Potin

« -J’ai rédigé le cours pour le groupe qu’on a en commun, peux tu rajouter ta partie dans le fichier joint à ce message ?

- Ah c’est dommage il s’ouvre pas dans mon logiciel, tu utilises quoi au juste ? »

« - Tiens voila l’extrait audio dont je te parlais, les élèves trouvent ca assez parlant en cours.

- Merci, ca a l’air bien, mais comment ca se fait que le volume soit aussi faible ? En plus j’ai des craquements dans mes enceintes... »

« - Le lycée a installé tout un système de saisie de notes en ligne, je devrais pouvoir saisir mes notes depuis chez moi mais mon ordinateur n’est pas très récent et il refuse d’ouvrir le site du lycée en me disant de mettre à jour or je sais que je ne peux pas le faire, ça me dérange quand même d’acheter un ordinateur neuf rien que pour faire ça... »

« - La radio en ligne que tu m’as indiquée a l’air bien, mais ça me demande d’installer un plugin qui n’est pas disponible pour le système que j’utilise sur mon ordinateur, c’est dommage mais je ne peux pas l’écouter

- Ah oui c’est dommage, surtout qu’il est bien dit qu’on a pas le droit d’enregistrer les contenus et les émissions ».

« - J’ai changé de fournisseur d’accès à Internet, et c’est curieux mais toute la musique que j’avais achetée ne marche plus, maintenant, comment c’est possible ? Déjà que je ne pouvais pas l’écouter dans ma voiture ou sur ma chaine... »


Qui n’a pas un exemple de ce type en tête ?

Au fur et à mesure que nous utilisons les TICE dans le quotidien de notre métier d’enseignant, nous produisons tous de plus en plus de données que nous sommes amenés à un moment ou un autre à partager, ou au moins transporter d’un système informatique à l’autre. Qui n’a jamais été confronté à un problème de fichiers incompatibles, qui ne « marchent plus » ou font planter un logiciel, problème qui peut transformer d’un seul coup des mois, voire des années de données pédagogiques en tas d’octets obsolète et inutilisable ?

Or un tel probleme ne devrait pas se rencontrer : nous sommes toujours capables de lire et comprendre la littérature ou les manuels techniques vieux de dizaines d’années, voire de plusieurs siècles, pourquoi en informatique y aurait-il une obsolescence si rapide des formats de documents que nous utilisons ? Et surtout, qui me garantit que dans 10 ans, 100 ans, ce que je suis en train de faire pourra toujours être lu, écouté, regardé, étudié ? Quel regard pourront porter les historiens d’après demain sur une époque qui, tout en investissant des sommes colossales dans la recherche historique et archéologique, n’a pas été soucieuse de la pérennité de ses propres données ?

D’autre part, on ne sait par définition pas ce que fait exactement un format fermé. Ainsi, il est peu conseillé de stocker des données personnelles, si ce n’est confidentielles, au moyen d’un format ou d’un logiciel non étudiable pour la même raison qu’on ne confierait pas la clef d’un journal intime ou de sa messagerie personnelle à un inconnu ! Si ce sujet dépasse le cadre de ce modeste article, disons simplement qu’une des raisons du choix de tel ou format de données repose sur des considérations de sécurité.

Toutes ces raisons montrent qu’il importe d’utiliser des formats de documents et de données ouverts et compréhensibles, qui permettent de communiquer et d’échanger en sécurité, avec une garantie de compatibilité avec autrui aujourd’hui et demain, quel que soit le système informatique utilisé, dans un contexte de diversité technologique. Si Internet est en train de révolutionner la société et est là pour faire communiquer la terre entière, c’est que nous avons des choses à échanger, partager ou au moins consommer, il est donc tout à fait absurde d’utiliser des formats de données qui, déjà, ne fonctionnent pas si on ne paye pas périodiquement un droit pour continuer à lire ses propres documents, mais surtout ne fonctionneront plus dès que la société qui édite tel ou tel logiciel ou site aura mis la clef sous la porte, parce que personne ne saura plus comment fonctionnent les fichiers qu’elle mettait à disposition.

Ce problème se pose pour toutes les données numériques : texte, image, son, vidéo, multimédia, communication par réseau. Il existe, dans chacun de ces domaines, des formats ouverts et compatibles qui offrent toutes les fonctionnalités des formats propriétaires en termes de partage de documents.

Voici un inventaire, certes un peu caricatural par souci de concision, de tels formats, sachant que les logiciels libres offrent de manière systématique la compatibilité avec les formats ouverts. L’enjeu étant qu’au moins, modestement, un enseignant puisse mettre a disposition de ses élèves les données d’accompagnement de son cours en sachant que tous ses élèves pourront ouvrir les fichiers nécessaires à leur travail, quel que soit leur ordinateur.

  1. Texte : Premier domaine de partage de documents, les formats de sauvegarde des traitements de texte et tableurs. Le format Open Document, ou OASIS constitue le standard mondialement reconnu de documents de ce type (mais aussi en matière de présentations et bases de données). Il est utilisé par OpenOffice.org, ses spécifications sont publiques, aussi n’importe qui peut développer un logiciel compatible à 100 %avec ces formats, y compris si un archéologue du futur désire ouvrir et étudier les documents d’aujourd’hui. Si le format PDF est largement répandu et bien connu du point de vue de ses spécifications, il ne permet malheureusement pas de produire des documents modifiables.
  2. Image : Les formats BMP (non compressé), jpg et png (compressé) et enfin svg (vectoriel) sont des formats libres et ouverts, par opposition aux formats, respectivement, tiff, jp2 ou j2c et wmf.
  3. Son : Ce format est particulièrement sensible et d’actualité dans le contexte économique de la production musicale que l’on connait. Il va de soi que les formats incorporant des DRM ne peuvent en aucun cas être libres et ouverts. Mais même le format mp3, si populaire, c’est pas un format ouvert puisqu’il est clairement breveté et propriétaire. On préfèrera de loin le format ogg vorbis (compressé avec perte, comme mp3) ou flac (compressé sans perte) que tous les logiciels multimédia ou presque savent lire si on leur installe les bons codecs (à télécharger sur les sites indiqués ci dessus).
  4. Vidéo : Les formats avi et divx sont des formats propriétaires et fermés, en dépit (ou grâce ?) à leur popularité. On leur préfèrera les formats video ogg / ogm et theora

Ressources en ligne sur les formats ouverts

  • Deux textes en forme de nouvelles de science fiction, visions inquiétantes d’un futur composés de données fermées et savoir totalement verrouillé à coup de brevets :

le droit d’écouter

lettre de 2020

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