Logiciels libres et enseignement

Favoriser l’usage de logiciels libres et de formats ouverts

Lilie

lundi 31 mai 2010, par Anne Pépin-Delfour, Louis-Maurice De Sousa

Rencontre avec Arnaud Albou, directeur « Éducation et Recherche » chez Logica.

Lilie est le portail ENT choisi par la région Île-de-France pour équiper les lycées.

Logica est une société de services informatiques spécialisée dans le conseil en management, intégration de technologies et externalisation de processus. C’est cette société qui a été retenue pour réaliser et déployer l’ENT francilien, Lilie.

Cet ENT a la particularité d’être un logiciel libre, c’est pourquoi il était naturel que l’« Énuma Logiciels Libres » souhaite s’entretenir avec un représentant de Logica. Arnaud Albou, directeur « Éducation et Recherche », nous a très aimablement reçus dans son bureau, à La Défense.

Lilie

Depuis 2003, la société Logica consacre une partie de son activité à l’éducation suivant 3 axes :

  • contribuer au développement des outils de gestion du Ministère (Sconet, base élèves, SIRHEN...),
  • développer l’accès à des ressources numériques (lesite.tv, CNS...),
  • mettre en œuvre des portails (Educ-Acces, Lilie, Pléiade...).

Lilie est sous licence GNU Affero GPL v3. Les sources sont disponibles sur Adullact depuis le 9 mai dernier, peu avant le démarrage du salon InterTice. Le délai de leur mise à disposition a été dû à la nécessaire réorganisation du code. Elles sont disponibles via un dépôt Subversion.

Les contributions seront validées par un comité de gouvernance suivant des modalités qui restent encore aujourd’hui à définir. Elles seront publiées sous licence CeCILL-C v2.

Le choix de développer un logiciel libre est un choix stratégique motivé par trois volontés :

  • créer une approche communautaire au niveau national sur le thème des ENT,
  • refuser de vendre des fonctionnalités banalisées,
  • s’affranchir du coût logiciel de solutions propriétaires qui imposent une relation de dépendance.

Créer une approche communautaire : Les collectivités et académies partagent un certain nombre de préoccupations. Le logiciel libre doit permettre de mutualiser les efforts et de faire bénéficier l’ensemble du fruit des travaux de chacune d’entre elles, l’objectif étant d’utiliser les crédits sur des nouveaux services à valeur ajoutée, plutôt que sur les mêmes préoccupations que le voisin.

Refuser de vendre des fonctionnalités banalisées : Certains outils sont déjà largement diffusés et « amortis ». Il est donc apparu plus utile à Logica d’utiliser les budgets disponibles à des fins d’accompagnement au déploiement, d’assistance ou encore de développement de nouveaux modules à forte valeur ajoutée sur le plan pédagogique, l’objectif étant le développement des usages.

S’affranchir du coût logiciel de solutions propriétaires : À l’occasion d’autres projets, Logica a connu des déboires dus à l’utilisation du code propriétaire dans une de ses solutions, code dont la licence d’utilisation a soudain atteint des prix qu’il était impossible d’amortir.

Logica s’est rapprochée d’autres projets libres (Spip, Correlyce...), et est ouverte à d’autres collaborations.

Impressions

M. Albou n’a pas caché ne pas voir clairement la différence entre logiciel libre et open-source. Cela se voit d’ailleurs sur les différents documents de communication où les deux terminologies sont indifféremment utilisées. Le logiciel libre, n’est pas dans la culture de l’entreprise. Pourtant, Logica s’est attaché les services de personnes spécialisées dans le logiciel libre et compte au service « Éducation et Recherche » des personnels très impliqués et motivés par cette démarche. La totalité de la communication de l’entreprise est tournée vers les collectivités, les décideurs et pas du tout vers les membres de la communauté du « logiciel libre ». Cela a pour avantage d’offrir une visibilité que n’a habituellement pas le logiciel libre, mais pour inconvénient de créer des inquiétudes. Notre entretien a eu l’avantage de lever certaines de ces inquiétudes.

Il nous a paru très intéressant de voir la finesse d’analyse des problèmes rencontrés avec les logiciels privateurs, qui établissent une relation de dépendance. Cela a donc conduit Logica à chercher des solutions dans le logiciel libre. Ces solutions choisies à une échelle industrielle, Logica ne les applique pas à l’utilisation individuelle de l’informatique alors que les problématiques sont les mêmes, et la courte histoire de celle-ci, déjà riche de diverses alertes :

Espérons que l’expérience acquise avec Lilie apportera son lot de changements.

Merci encore à M. Albou pour son accueil et sa disponibilité !

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